jeudi, mars 29, 2007

Vivian

Cher parrain, chère marraine,

Durant ma visite à Buhi, j’ai pu rencontrer Vivian et passer un moment au sein de sa famille.
La maison des Ojeda se situe à Santa Cruz, ce lieu fait face à Buhi, de l’autre coté du lac. C’est un village enclavé entre la montagne et l’eau, à une heure de bateau de Buhi : quelques maisons perdues entre la jungle et les terrasses de riz., un chemin, une ecole, quelques épiceries , pas de tracteur, ni de moteurs… Ce qui est assez extraordinaire aux Philippines.
La famille Ojeda vit dans l’une des plus pauvres maisons de ce village. Celle-ci est construite en bambou, d’une trentaine de m² sur la terre battue, sans électricité. Le père de Vivian est pêcheur et sa mère s’occupe de la maison et de ses 11 enfants : Mary Ann 19 ans est mariée et vit à Manille, Alvin 18ans, Marcy 16ans, Veronica 14ans, Mickael 12ans, Mark 10ans, Vivian 8ans, Vanessa 7ans, Antiro Junior 5ans, Benedict 3ans et Angelo 10mois.

Le père de Vivian gagne environ 100peso par jour ce qui équivaut à une quarantaine d’euros pas mois… Ils ont donc beaucoup de mal à nourrir leur famille et les enfants avouent partir régulièrement à l’école le ventre vide… Malgré le sac de riz hebdomadaire fournit par Enfants du Mekong grace à votre parrainnage ainsi que de la viande une ou deux fois par mois, ils disent manger souvent des feuilles ou de l’herbe pour combler leur faim.
Vivian est une petite fille de 9 ans. Elle va à l’école élémentaire du village. Elle est en grade 3 (équivalent de notre CE2), aime les maths et se passionne un peu mois pour le philippino. Son institutrice est très contente d’elle, elle est intelligente et très appliquée. Elle rêve de devenir docteur.
Elle aime jouer avec ses amis, Charmyn et Soledad, au football.
Vous avez fait un plaisir immense à Vivian en lui envoyant 15euros pour son anniversaire… Aller jusqu’à Buhi était déjà une très grande aventure pour elle… Mais là, nous l’avons emmené, ainsi que d’autres enfants dont nous fêtions l’anniversaire, avec Sister Joan, jusqu’à Iriga… Première fois qu’elle prenait le jeepney, première fois qu’elle voyait un embouteillage, première fois qu’elle entrait dans un mall, qu’elle déjeunait au restaurant, dans un fast-food, première fois qu’elle achetait un vêtement, une robe, une paire de chaussure… et qu’elle portait un vêtement neuf… Toute la journée, elle est restée accrochée à nos mains, avec une poigne constante et étonnante pour une petite fille de son age et de son petit gabarit, les yeux grands ouverts… découvrant qu’il y avait un monde à ce point civilisé à 2heures de chez elle… Et j’avoue lui porter le même regard, découvrant qu’il y a un monde, à ce point isolé à quelques heures du mien…

J’espère, chère marraine, cher parrain, vous avoir apporté une idée plus précise sur l’importance de l’aide que vous apportez à cette famille ainsi que quelques précisons qui, je l’espère, faciliteront vos échanges avec votre filleule.
Je reste à votre disposition si vous souhaitez plus de précisions.
Cordialement,

Emmeline DEJEAN
Coordination de programmes
Nord Philippines

mardi, mars 27, 2007

60heures

C'est le temps passe dans les bus cette semaine...
Sachant qu'une semaine en compe 168...

Ca laisse du temps... pour papoter avec ses voisins, se taper 3heures de Celine Dion au Stade de France, se retrouver traductrice de concert de Celine Dion pour un bus de montagnards, pleurer de rire toute seule au moment du mythique "rene va bien" devant les regards effares des dits montagnards... profiter de son ipod... imaginer les enterrement de vie de jeunes filles de Clem et Juju... se regaler des paysages philippins, dormir, rever ...

samedi, mars 24, 2007

Sur la route...

En van, entre Bauko et Bontoc, Montain Province, Lucon


En moto, tour de Panglao Island, Visayas

En bateau sur le lac de Buhi, vue de Santa Cruz, Bicol, Lucon

lundi, mars 19, 2007

Visa de patience…

Pour le gouvernement philippin, les humanitaires ne sont pas suffisamment nombreux dans le pays pour qu’il soit necessaire de creer un visa spécifique (la blague!)… A défaut d’être missionnaire (faut pas pousser!), je suis donc considérée comme touriste (bien sure) !

Par conséquent, j’ai à renouveller mon visa tous les deux mois et en voici le rituel :
1/ Arrivée au bureau de l’immigration vers 8h pour remplir un formulaire disponible au bureau 12, accompagnée de plusieurs copies de mon passeport, mais bizarrement, jamais les mêmes (??)
2/ Déposer le tout au bureau 16…
3/ Deux heures plus tard, venir récupérer le papier de suivi et la facture au bureau 14.
4/ Puis prendre son ticket pour payer. La comptabilité compte... taponne...
5/ Puis on retrouve le bureau 16 pour déposer sa facture et son passeport…
6/ 5heures plus tard, au bureau 15, la touriste que je suis, peut prétendre commencer à attendre son visa…

Entre l’étape 1 et la numéro 6, l’immigration philippine mêne une étude comparative poussée des niveaux de patience et de tolérance par nationalités : entre autres… lorsque une petite dame toute gentille me demande d'attendre 2minutes, s’assoie, sort son miroir, se remaquille, se recoiffe, écrit un text, puis me demande si j’ai un problème... Ou bien, quand le bureau 15 a décidé de s'offrir des fous rires en regardant les photos de chaque passeport avant de les rendre… ou lorsque la fille du bureau 10 organise une vente de sous-tif qui revet un caractère d’une importance telle, que toute la gente féminine de l’immigration s’attroupe, et que la gente masculine en profite pour boire un coup.
Sur les visages multicolores se lit alors, la meme consternation, et on observe les mouvements des levres qui laissent chacun, dans sa langue maternelle, marmonner l'insulte mondial…
En étant arrivé vers 8h, notre chance de ressortir du bureau de l’immigration avec un passeport en règles… se trouve aux environs de 16h...

Ha, j’oubliais : c’est la methode courte (et chère)!!
… La longue prend 3jours !

mercredi, mars 14, 2007

Tout petit monde

C'est un tout petit monde où s'abritent nos saisons
Petite boule ronde sous les ailes d'un avion (;-)
Et partout des gens qui dansent pour oublier un instant
La nuit et le silence et les peines du présent.

C'est un tout petit monde, l'eau le soleil et le sel
Les naissances et les tombes et l'essentiel et le ciel
Partout la même prière d'une mère qui attend
Que baisse la fièvre dans les mêmes yeux d'enfants

C'est un tout petit monde fragile au creux de nos mains
Balançant ses secondes entre tellement et rien
Et partout la même histoire de pouvoirs à partager
Et si peu de mémoire du sang des larmes versées

Et partout déteignent et règnent les nouveaux rois sans philosophe :
Le rock, le dollar, les antennes, Coca et kalachnikov..

JJGoldman

dimanche, mars 11, 2007

Que voyez vous ?

Un champs ? Et au milieu coule une rivière ? Un pont ? Une petite fille qui court ?
Au fond, des maisons ? Deux restaurants sous des hauts vents ?

Officiellement, vous ne voyez rien.
Officiellement, cet endroit n’existe pas.
Et elle ?

mercredi, mars 07, 2007

Ca va pas !

Je voulais faire un blog à l’image de cette expérience unique et je reçois des mails, des commentaires, qui disent que d’après mon blog, je m’éclate…
Et bien non, voilà… Depuis plusieurs semaines, aussi simple que ça : ca ne va pas !

De toute la force avec laquelle vous m’avez serré pour me dire aurevoir, il ne reste rien… Je suis sans énergie, vidée…
J’étais venue prendre une claque, c’est en fait une succession de coups, surgissant de toutes parts, qui me mettent KO et me passent l’envie de me relever, de peur d’une récidive…

Le ciel rappelle à tour de bras, cette année : des doyens, des tout petits, des amis...
La France aussi rappelle, des volontaires, des compagnons de voyage… et m’isole ainsi, chaque jour d’avantage…

Quelque chose ne tourne pas rond dans ce pays... Les vies ne sont pas des vies. Les enfants n’ont pas d’enfance. Les maisons ne sont pas des lieux de vie.
Il a 23 ans. Il est en prison depuis l’âge de 14 pour avoir voulu nourrir ses frères…
Elle ne connait que la décharge, comme terrain de jeux, comme village, comme toit.
Ils reconstruisent leur maison pour la troisième fois en 9mois.
La pauvreté, l’indifférence, les marrées noires, la pollution, les volcans, les typhons, et cette pourriture de gouvernement, c’est trop ! Et on est si peu.

Comme m’a dit, trés fier de son analyse, ce gros con de l’ambassade… Je suis « de ceux qui ont entrepris de vider la mer à la petite cuillière » …
Je lui avais ri au nez.
Aujourd’hui, j’ai plus envie de lui rendre, que de la lui faire avaler.

samedi, mars 03, 2007

Precy

Elle a 20 ans… Elle a trouvé l’homme de sa vie : Armonzo, c’est un militaire, il est sergent… Ils s’aiment vraiment, profondément…
Ce matin du 21 août 1983, elle se lève à 5h et prépare un pique nique… C’est le jour de repos de son chéri et ils ont décidé d’aller passer la journée sur le lac de Manille. Le téléphone sonne. C’est le capitaine : Le deputé Nino Aquino, figure de proue de la résistance au dictateur Marcos, rentre aujourd’hui au pays… Ce retour se fait subitement car il a toujours prédit sa mort à son retour aux Philippines… Il faut donc renforcer la securite.
Armonzo part, rejoint l’aéroport, monte dans l’avion, prend la sacoche dont il est en charge et descend de l’avion suivi du député… Aquino pose un pied sur le tarmac, le deuxieme, un coup de feu retenti et l’homme s’écroule.

Pour le pays, c’est le début d’une campagne anti-gouvernementale qui mettra fin progressivement à la dictature.
Pour l’ensemble des personnes présentes ce jour là, pour le seul et unique motif d’avoir été au mauvaise endroit au mauvais moment, elles seront toutes emprisonnées à vie …

Aujourd’hui, Precy a 43ans. Elle vit près de la prison de Montinlupa. Elle va voir Armonzo le plus souvent possible, au moins deux jours par semaine. Elle s’active pour sa maison et les 4 enfants que l’homme de sa vie lui a fait dans cette prison, qu’elle a mise au monde, seule, dehors.
Elle a fait appel à Enfants du Mekong pour créer un programme afin d’aider les enfants de prisonniers … Elle a réunit autour d’elle une équipe de volontaires de tous ages, de toutes classes sociales, de toutes professions. Ensemble, ils suivent les enfants, aident les familles, tentent de maintenir le lien entre intérieur et extérieur de la prison, les font travailler, leur organisent des activités le we…

jeudi, mars 01, 2007

Text

Il est une maladie philippine que je me suis fait un plaisir d’attraper … le text !
Une conversation téléphonique coûte chère, la messagerie vocale n’existe pas, la solution est donc le SMS ou texto… Dans la rue, le metro, le bateau, le bus, on voit les jeunes, les vieux, les pauvres, les riches se muscler le pouce à une vitesse étonnante… On apprend ainsi à avoir toutes ses conversations par text.
Le philippin est romantique… Certains grands malades textent 3 fois par jours, tout leur répertoire pour dire bonjour, bonne nuit, How are u… ou pour envoyer des belles idées, des grandes phrases, des déclarations d’amour, d’amitiés…
Il n’est pas rare que quelqu’un dans la rue vous propose de devenir votre textmate (copine de text)...Et National Bookstore, la FNAC Philippine, vend comme des p’tis pains les text book… Livres de messages à texter… !!!

Le podium de mon cell phone :
Just wishing you... a lovely morning, and a day full of blessings! Enjoy ur day, take care and good morning!! (Il est 6h du mat...et tu viens de me foutre en l’air ma grasse mat avec ton truc !! La journée démarre mal !)
Love would never be the promise of a rose garden unless it is showered with the light of faith, water of sincerity and air of passion.
Sweet words are easy so say, sweet things are easy to buy, but sweet people are difficult to find, life ends when u stop dreaming, hope ends when u stop beliving, love ends when u stop crying, friendship ends when u stop sharing. So share this with whoever you consider a friend. To love with out condition... to talk without intention... to give without reason... and to care without expectation.