Lundi 18decembre, Legaspi
Vers 7h du matin, mon bus entre dans la ville… Enfin ! Depuis 3semaines, je dors mal, je mange peu, j’angoisse à l’idée d’avoir perdu l’un ou plusieurs d’entre eux.Il règne une ambiance étrange, il n’y a pas d’électricité, donc pas de déco de Noël, pas de musique… Il n’y a pas de télé, ils ne savent pas que le monde entier à parler d’eux, ils savent à peine ce qui s’est passé à Albay, à 5km… La boue est partout… L’eau courante marche avec intermittence… Les écoles et les postes sont fermées…
J’arrive chez les Sœurs. Un papier m’attend sur la porte : c’est leur jour de prière en silence… (Ho, ça démarre bien !!!). Il faut que j’aille dans ma chambre et que je retrouve Fidel et les jumeaux, Dexter et Mark.
Je fais demi-tour, pose mon sac dans l’endroit loué… un nid à cafards comme je les aime…
Les garçons m’attendent en bas… Les enfants de ce programme vivent de la rue. Leurs familles ont si peu qu’ils ont pris l’habitude de subvenir aux besoins du foyer, ils distribuent des journaux, font la manche, vendent des balaies, ou leurs corps… Ils ont une douzaine d’année tous les trois, des sacrés gueules cassées…
Ils commencent par me rassurer : tout le monde est vivant... miraculeusement ! Ensemble nous faisons le tour des enfants du programme de Legaspi, de chaque enfant, chaque famille, chaque maison, du moins son emplacement… Mon soulagement aura duré peu de temps…De la maison de Jeffrey, il reste les 4poteaux en bois qui délimitaient les angles, de celle d’Almonso, absolument rien, de celle de John Rey, un tas. Je suis stupéfaite de voir ses p’tis frères et sœurs en sortir…
Le quartier du port fait de maisons sur pilotis a été noyé et salement endommagé, sur la plage tout est parti… Chacun à son histoire… Au détour d’une ruelle, Dexter et Mark me montrent le mur qui leur a sauvé la vie… Ils ont passés 3heures, accroupi dessus… avec un bébé d’un an, sauvé des eaux, dans les bras… beaucoup d’enfants s’étaient réfugiés dans la maison en dur du quartier… La succession d’histoires invraisemblables, de visages, de maisons et de vies à reconstruire paraît sans fin…
Après 6h dans les ruelles, je sonne l’arrêt du marathon et les emmène tous les 3 au Jolibee, le fast food Philippin… Le garde regarde Fidel bizarrement… D’une main sur l’épaule, je l’entraîne à l’intérieur : Il faisait la manche devant le centre commercial, la sécurité le connaît et se méfie…
Pendant le déjeuner, je leur demande s’ils sont impatients de fêter Noël, demain, avec les Sœurs et les autres enfants. Ils me répondent que non… (!!!?!)… Ils veulent aller distribuer les paquets des Sœurs aux réfugiés… Eux, ils ont la vie, une maison, une famille (leur père est mort de la tuberculose l’année dernière, et leur mère est folle et itinérante) … Les autres ont tout perdu, ce serait mieux de fêter Noël avec eux…
A la fin du repas, les jumeaux se partagent le hamburger de Mark… Je tends à Dexter le sien… Il me demande s’il peut le garder pour sa mère…
Nous sortons de table pour refaire en accéléré, exactement le même tour… Je
veux savoir ce que les autres pensent de la Christmas Party… Ils en avaient déjà parlé ensemble et ils sont tous d’accord… Ils voulaient en parler aux Sœurs mais ce sont fait surprendre par la journée de silence.A 5h… le soleil commence à se coucher, les sœurs peuvent parler… Je leur soumet l’idée, un texto au maire et c’est bouclé. Nous passeront la soirée à défaire et refaire les paquets de nourriture destinés, à l’origine, aux familles des enfants.

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